PODCAST RFI / CENCO LA LIBERATION DES PRISONNIERS POLITIQUES TOUJOURS SUR LA TABLE

 

Diffusion : mardi 27 septembre 2016
L’abbé Donatien Nsholé, 1er secrétaire général adjoint de la Commission épiscopale nationale du Congo (Cenco). caritasdev.cd

Joseph Kabila chez le pape François hier midi. La visite du président congolais au Vatican était prévue de longue date, mais une semaine après les affrontements meurtriers de Kinshasa, elle prend un relief particulier. Sur place, au Congo, l’Abbé Donatien Nsholé est le premier secrétaire général adjoint de la Cenco, la Conférence épiscopale nationale du Congo. Que peut faire l’Eglise catholique pour aider le pays à sortir du gouffre ? En ligne de Kinshasa, le religieux répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Ce lundi, le pape François a reçu le président Kabila en audience au Vatican. Une semaine après les terribles violences qui ont endeuillé Kinshasa est-ce que cette rencontre ne risque pas d’être mal comprise par beaucoup de Congolais ?

Donatien Nsholé : Pas du tout. Je crois que cette rencontre ne peut être que bénéfique pour le peuple congolais, dans la mesure où le pape c’est notre bon pasteur qui connaît ses brebis que nous sommes en RDC. Il sait que l’enjeu principal, c’est sauver la démocratie. Et quand le pape intervient certainement c’est dans le sens de proposer des solutions de sortie de crise.

Une semaine après le drame est-ce que vous savez combien de personnes ont été tuées à Kinshasa ?

Pas avec exactitude. Selon les éléments recueillis par notre commission justice et paix on était à 57 hier.

Cinquante-sept morts ?

Exactement.

Trois mois après les sanctions américaines contre le général Kanyama, le chef de la police de Kinshasa, est-ce qu’il faut envisager d’autres sanctions ciblées de la part de la communauté internationale ?

Tout ce que nous souhaitons, c’est que tous ceux qui peuvent faire quelque chose, que ce soit en termes de conseil, que ce soit en termes de pression, que ce soit en termes de sanction pour que le peuple congolais vive dans de meilleures conditions, ne peuvent être qu’encouragés.

A la suite de ces deux journées meurtrières, vous avez décidé de suspendre votre participation au dialogue national. Pourquoi ?

Pour deux raisons majeures. D’abord faire le deuil. Et la deuxième raison, c’est rechercher un consensus plus large. Parce que les évêques se sont rendu compte qu’à l’allure où allaient les choses, si on finissait le dialogue en cours, tout en laissant dehors une composante importante de l’opposition, une bonne partie de la population ne se sentirait pas concernée par les acquis de ce dialogue.

Et à quelles conditions reviendrez-vous à ce dialogue ?

Pour le moment, c’est surtout l’inclusivité qui pose problème, tout en rappelant les fondamentaux de l’Eglise, à savoir qu’il soit clairement stipulé et établi que l’actuel président de la République ne sera pas candidat à la prochaine élection présidentielle, que les dates des élections soient clairement définies dans cet accord.

Donc pour vous, il n’est pas question de changer la Constitution afin de permettre au président Kabila de se représenter ?

Exactement.

Sur la question de la date de cette élection présidentielle, est-ce que vous avez renoncé à l’idée qu’elle ait lieu avant l’expiration du mandat actuel de Joseph Kabila, c’est-à-dire avant le 19 décembre de cette année ?

Concrètement, pour des raisons évidentes il devient mathématiquement impossible d’organiser les élections tel que souhaité, avant le 20 décembre.

Et vous proposez un report de combien de temps alors ?

Les évêques disent que le report doit être le plus court possible, juste le temps nécessaire pour organiser de bonnes élections et qui ne soit pas l’équivalent d’un mandat.

Pour vous, il ne faut pas que le report dépasse quelques mois, c’est cela ?

Selon le vœu des évêques qui se sont prononcés, il ne faudra pas que le report dépasse une année, mais ce n’est pas une date ferme. Ça peut être moins pour avoir un délai raisonnable.

Mais vous savez qu’avant le drame du 19 septembre plusieurs délégations au dialogue envisageaient un report de deux ans ?

C’est leur avis.

Mais ce n’est pas le vôtre ?

Ce n’est pas l’avis de la Conférence épiscopale nationale du Congo.

Est-ce que vous pensez que le médiateur togolais Edem Kodjo est à la hauteur de la tâche ou pas ?

Il ne nous appartient pas de le juger à ce stade. Le plus important, c’est d’impliquer ceux qui sont encore dehors.

Pour faire venir au dialogue ceux qui sont encore dehors, comme vous dites, c’est-à-dire les principaux partis de l’opposition, il faudrait que les autorités libèrent ceux que l’opposition appelle les prisonniers politiques qui sont détenus depuis plusieurs mois, voire plusieurs années. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Nous constatons qu’il y a déjà un pas qui a été fait dans ce sens-là. Peut-on obtenir leur libération dans le cadre de ce dialogue ? Les évêques sont en train de travailler avec les uns et les autres pour que le dialogue soit effectif.

A quels prisonniers pensez-vous en particulier ?

Il faut leur poser la question. Selon les listes que nous avons reçues, ils pensent éventuellement au cas de Diomi Ndongala et de Jean-Claude Muyambo. Ce sont les grands noms qui ont été cités et dont la libération n’est pas encore effective.

Depuis l’ouverture officielle de ce dialogue, il y a trois semaines, et avant même le drame du 19 septembre, plusieurs dizaines de membres de la société civile et notamment de Filimbi et du Chemin de la paix, l’ONG du docteur Mukwege, ont été arrêtés à leur tour. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Ce ne sont pas des décisions de nature à décrisper la situation politique actuelle. Dans le contexte actuel, de telles arrestations ne peuvent que compliquer la situation.

A Kinshasa, de plus en plus d’observateurs, y compris au pouvoir, comparent la situation actuelle à celle des années 1991-1993, à la fin du règne Mobutu quand la capitale était en proie à des pillages. Est-ce qu’il y a, selon vous, une similitude ?

Il y a une similitude dans la mesure où il y a une grogne dans la population. Le cadre qui devrait régler ce conflit va vers un dialogue inclusif, mais pas rassurant. Tant qu’une bonne frange de l’opposition est dehors, il y a similitude dans la mesure où on a tendance aussi à recourir à la rue pour trouver une solution à cette crise.

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